09 juin 2010

Montevran

montevran

À l’origine de l’implantation en Sologne du zoo de Montevran, un homme : Edmond de Montaigne de Poncins, l’un des plus grands explorateurs du XIXe siècle, qui aimait chasser le gibier dans les massifs du Pamir, en Asie centrale. En 1903, cet infatigable arpenteur se maria avec la légataire universelle du château d’Azay-le-Rideau, Marguerite de Biencourt. Ensemble, ils décident d’acheter, neuf ans plus tard, le verdoyant domaine solognot de Montevran, sur la commune de Chaumont-sur-Tharonne, à une quarantaine de kilomètres d’Orléans. Le couple y fi t bâtir un somptueux château de briques rouges, dans lequel Edmond de Poncins aménagea notamment un confortable bureau de… 100 m2 ! 

 

Dans les années 50, Montevran enclencha une profonde mutation. Après la mort de Marguerite de Biencourt, le domaine se retrouva, par héritage, entre les mains du neveu d’Edmond de Poncins, le vicomte Joseph de Mauléon de Bruyères. Âgé d’une trentaine d’années, ce dernier, originaire du sud-ouest de la France, rentrait à peine d’Indochine après avoir servi sous les drapeaux. Logiquement, ses connaissances de la Sologne n’étaient que parcellaires… : mais il se servit de son domaine pour rapatrier plusieurs animaux africains afi n d’étudier leur comportement. Parallèlement, des institutions lui demandèrent de placer chez lui quelques animaux en observation. La Sologne étant un village, des curieux se mirent à solliciter des visites privées. Devant la tournure que prirent alors les événements, un assureur inquiet, (ou lucide, c’est selon…) enquit le maître des lieux sur la nécessité de commercialiser Montevran, qui devint par la suite le premier château privé doté d’une structure zoologique ouverte au public.

 

UN ACCIDENT MORTEL EN 1971

 

Le développement du zoo se fi t lui de manière empirique, avec l’appui notable du célèbre acteur Jean Richard, interprète de Maigret et grand passionné d’animaux. Avec 35 000 entrées dès sa première année d’exploitation, Montevran connut un succès rapide. On y admirait lions du Soudan, cerfs de France, ours kodiak et autres loups blancs.

 

Le zoo avait pris une importance considérable en Sologne et dans l’Orléanais : sept entreprises locales travaillaient pour Joseph de Mauléon avec des corps de métier à demeure et une piste de karting notamment. 400 animaux batifolaient sur un domaine de 18 hectares d’installations…

 

Et puis le souffl e de Montevran s’est affaibli, s’échouant sur les rives d’un déclin progressif. En 1974, le choc pétrolier multiplia ainsi par trois les coûts du mazout (60 tonnes par an étaient nécessaires pour faire tourner le parc). Et puis l’usure des choses. Du produit. Du public. De son propriétaire, aussi. « Mon père, Joseph, commençait à en avoir marre, d’autant plus qu’il avait peur d’avoir un autre accident », rappelait il y a quelques années son fils, Edmond. En 1971, un horrible drame avait en effet ensanglanté Montevran et consterné le patron du parc zoologique : lors d’une visite,un enfant avait été tué par un ours… À 46 ans, éreinté par cette blessure et par toutes sortes de contraintes, Joseph de Mauléon décida alors de jeter l’éponge. Le zoo ferma ainsi ses portes en 1981, après avoir accueilli, en tout et pour tout, un peu plus de 2 millions de visiteurs.

 y a cinquante ans, naissait le parc de Montevran….

 

Une conférence sur le thème sera organisée samedi 11 septembre à Chaumont-sur-Tharonne, à 19 heures. À l'initiative du projet, Edmond de Mauléon de Bruyère. Ce dernier relate l'œuvre de son père, Joseph, qui a créé le site animalier, aujourd'hui disparu, en 1961.

 

« Mauléon, il vous faudra innover pour tenir Montevran, ayez le culot d’entreprendre et foutez vous de ce que les autres penseront et diront » Propos réalistes et visionnaires tenus en 1955 par le Marquis de Vibraye, propriétaire du château de Cheverny, premier Monument privé ouvert au public en 1920. La plus parfaite illustration de ce que doit être le tourisme à l’époque, faire quelque chose sans rien avoir à demander. Joseph de Mauléon n’a pas trente ans pour lancer avec son épouse l’histoire de Montevran et de son parc zoologique. Mettre des culottes de grillages à des sapins pour éviter que les lapins ne les bouffent et passer des nuits à surveiller les oeillards des étangs, pas trop pour Joseph de Mauléon qui a du mal à tenir en place. Les premiers animaux arrivent entre 1957 et 1960, des cerfs des daims, des biches et des sangliers. Très rapidement des animaux plus exotiques arrivent également et sont installés dans des espaces aménagés autour de ce château de briques rouges construit entre 1912 et 1916. Tous les bâtiments annexes se transforment en bâtiments techniques, singeries, lieux de préparation, de stockage, de soins, d’autres sont construits. Toute cette structure est prête en 1961 pour accueillir un public local,

45 000 entrées la première année, tout va ensuite très vite. Des animaux arrivent de structures telles que : le zoo de Vincennes, de Bâles, de Berlin et de Londres. Des marchands d’animaux hollandais et belges fournissent quelques sujets, mais uniquement des mâles. Pas question d’avoir des animaux dont on ne pourra assurer une descendance. Les échanges se font par la suite entre « amis », y compris au sein de structure comme les zoos de Mulhouse et de Lyon. C’est ainsi que sont présentés des collections d’ours, de loups de fauves, de singes et autres mammifères venant des 5 continents.

 

Le premier château privé doté d'un important parc zoologique

 

Les parcs zoologiques privés sont rares dans les années 1960 à 1965. Parc de la Flèche(72) du légendaire Jacques Bouillault ouvert en 1947, puis celui de Doué-la-Fontaine avec la dynastie de la famille Gay, contemporain de celui de Chaumont-sur-Tharonne, Ermenonville avec Jean Richard; suivent ensuite la réserve de Saint-Augustin dans l’ Allier, dont la propriétaire ouvre château et parc en 1963. Le parc de Branféré dans le Morbihan fera de même tout comme celui de la Bourbansais (35).

Le plus connu sera Thoiry avec sa réserve africaine, un concept unique et original en 1968 puis Saint-Vrain…Une association de propriétaires de parcs zoologiques privés naît à Chaumont-sur-Tharonne en 1969, afin de fixer des axes de travail ainsi qu’un code de déontologie dans la profession. Joseph de Mauléon, l’un des fondateurs, en a été le président. Madame Françoise Delord du zoo-parc de Beauval, à Saint-Aignan-suir-Cher, assure actuellement cette même fonction. Le culot d’entreprendre a eu son effet. Le Marquis de Vibraye a eu raison. Il serait impossible de refaire la même chose aujourd’hui et surtout avec le même esprit. « Mauléon foutez vous de ce les autres penseront ou diront ». Montevran a bien été le premier château privé à créer et ouvrir au public un parc zoologique d’une telle envergure. Un concept original pour lequel on peut dire que : si vérité d’ hier n’est pas vérité d’aujourd’hui, elle reste vérité du moment. Les années sont passées, belles pour certaines, tragiques pour d’autres, mais avec un seul mot d’ordre : «  En avant calme et droit ».

 

 

Edmond de Mauléon

 

Courriel : mauleonmontevran@wanadoo.fr

Site Internet : www.la-bedouere.fr

 

champignon28

Posté par terredesologne à 19:08 - - Commentaires [7] - Permalien [#]


Commentaires sur Montevran

    Merci à Joseph de Mauléon d'avoir été le précurseur de ce que sont devenus nos parcs zoologiques d'aujourd'hui et merci à vous Edmond de Mauléon de nous transmettre vos souvenirs

    Posté par Sandrine, 09 juin 2010 à 21:24 | | Répondre
  • Ahhhh j'allais oublier ! Merci Sam pour cet article !!

    Sinon il va être jaloux !!

    Posté par Sandrine, 09 juin 2010 à 21:30 | | Répondre
  • Merci Sandrine

    Merci, vos mots me touchent comme ils auraient touchés certainement tous ceux et celles qui se sont investis avec mes parents pour donner une éthique à tout ce qui pouvait toucher le monde animalier et plus particulierement celui qui " sorti" de son contexte a permis à de nombreuses personnes d' avoir accès à la possibilité de les approcher.
    Fort heureusement les zoos se sont transformés en parcs ou espaces animaliers avec des "codes de bonne conduite" pour ceux qui en sont responsables. Vérité d' hier n 'est plus vérité d' aujourd" hui mais reste vérité du moment.
    Samuel est témoin de la montée en puissance de cette conférence du 11 septembre. Je peux vous dire sans réserve qu' elle sera d' une tenue et d 'une sensibilité exceptionnelle.Plus on vit avec les animaux, plus on apprend à connaitre les hommes...

    Posté par E. de Mauleon, 09 juin 2010 à 21:32 | | Répondre
  • jolie photo aérienne, c'est toi qui l'a faite ?

    j'attends avec impatience les photos des habitants du lieu ^^

    Posté par Niko, 11 juin 2010 à 09:19 | | Répondre
  • Bonjour Niko,

    je t'invite à aller sur le site de "la Bédouère", tu trouveras l'historique du Château de Montevran.

    Si tu as des questions concernant le passé de Montevran je t'invite à contacter Edmond de Mauléon qui te répondra.

    Ces coordonnées sont sur cette page.

    Posté par Sam., 11 juin 2010 à 09:42 | | Répondre
  • je pensais plutôt aux habitants du parc zoologique

    Posté par Niko, 14 juin 2010 à 08:56 | | Répondre
  • Bonjour, Les photos des " habitants " du parc zoologique seront diffusés après la conférence du 11 septembre.Soyez patient.

    Posté par E. de Mauleon, 14 juin 2010 à 14:30 | | Répondre
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